ANALYSE — AVIS DE JEAN-MARC WOLLSCHEID
Taxes sur le carburant : pourquoi l'État dit non, et ce que cela changerait vraiment pour nos budgets !!!
GTMAG.fr — Actualité automobile DROM · Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Îles du Nord
Réunis mercredi 9 septembre à Bercy, l'État et les distributeurs de carburant se sont séparés sans accord : pas de baisse générale des taxes, pas de plafonnement des prix à la pompe !!! Alors que le gazole flirte avec les 2,30 euros en France, j'ai voulu comprendre pourquoi, et surtout ce qu'impliquerait vraiment une baisse de la fiscalité, aussi bien pour les caisses de l'État que pour nous, automobilistes.
La décision du 9 septembre
À l'issue d'une réunion avec les distributeurs, le ministère de l'Économie a confirmé son opposition à toute mesure générale de baisse de la fiscalité et à un plafonnement des prix en station. Le contexte est pourtant tendu : le gazole atteint 2,29 €/L et le SP95-E10 dépasse 2,12 €/L dans l'Hexagone, soit une hausse de plus de 31 % depuis le début du conflit au Moyen-Orient fin février 2026. Le baril de Brent a repassé la barre des 100 dollars, du jamais-vu depuis juillet. Bercy justifie sa position par « une réalité budgétaire qu'on doit regarder en face », préférant prolonger les aides ciblées déjà en place : dispositif BTP/agriculteurs/pêcheurs jusqu'à fin octobre, guichet « grands rouleurs » (100 € forfaitaires) jusqu'au 30 septembre. Coût cumulé de ces aides ciblées : 1,4 milliard d'euros.
Pourquoi l'État refuse : la mécanique budgétaire
Pour comprendre ce refus, il faut regarder ce que rapporte la fiscalité sur les carburants. La TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) pèse à elle seule environ 30 à 34 milliards d'euros par an, ce qui en fait la quatrième recette fiscale de l'État, derrière la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Elle représente un montant fixe par litre (60,75 centimes sur le gazole en 2026), qui ne varie pas avec le cours du pétrole, et s'ajoute la TVA à 20 % calculée sur le prix total... TICPE incluse. Autrement dit, on paie une taxe sur une taxe !!!
L'exécutif garde en mémoire le précédent de 2022 : la remise de 18 centimes par litre avait coûté environ 8 milliards d'euros aux finances publiques, pour une mesure jugée peu ciblée. Baisser la TICPE de seulement 10 centimes reviendrait aujourd'hui à priver le budget de près de 4,5 milliards d'euros par an. Dans un contexte de déficit public déjà supérieur à 5 % du PIB, Bercy explique ne plus pouvoir se permettre ce type de geste généralisé, et préfère cibler les secteurs professionnels les plus exposés !!!
| Gazole Hexagone (10 sept. 2026) | 2,29 €/L (+31 à 33 % depuis fin février 2026) |
| SP95-E10 Hexagone | Plus de 2,12 €/L |
| TICPE (recette annuelle) | 30 à 34 milliards d'euros — 4ᵉ recette fiscale de l'État |
| Coût d'une baisse de 10 cts/L | Environ 4,5 milliards d'euros par an |
| Coût de la remise carburant de 2022 (18 cts) | Environ 8 milliards d'euros |
| Aides ciblées déjà engagées en 2026 | 1,4 milliard d'euros (BTP, agriculture, pêche, grands rouleurs) |
Les conséquences d'une baisse, pour le budget de l'État
Sur les 30 milliards d'euros de TICPE collectés chaque année, l'État central n'en conserve directement qu'une partie : environ 16 milliards, le reste étant reversé aux collectivités locales et à l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), qui finance justement l'entretien des routes. Une baisse généralisée créerait donc un trou budgétaire immédiat, qu'il faudrait combler soit par de la dette supplémentaire, soit par des économies ailleurs, soit par de nouveaux prélèvements — sur l'électricité par exemple, alors que les véhicules électriques se multiplient. Certains parlementaires s'inquiètent déjà, à l'horizon 2035 et la fin des ventes de thermiques en Europe, d'un manque à gagner structurel de plusieurs dizaines de milliards pour l'État et les collectivités !!!
Et pour les automobilistes, à terme ?
Une remise à la pompe soulage immédiatement le portefeuille, mais l'expérience de 2022 montre ses limites : la mesure avait été temporaire, puis supprimée, avec un effet de « retour de bâton » psychologique au moment où les prix repartaient à la hausse. À plus long terme, si l'État ne compense pas cette perte de recettes autrement, ce sont les investissements routiers financés par l'AFITF qui pourraient en pâtir — entretien des routes, ponts, infrastructures — ou bien une pression fiscale qui se déplace vers d'autres postes (électricité, péages, taxe carbone européenne). Une baisse de taxe non financée n'efface donc pas la facture : elle la déplace, et parfois elle la reporte sur des usagers différents !!!
Le grand écart Hexagone / DROM sur la fiscalité carburant
Et c'est là que le débat parisien nous concerne, nous, très différemment !!! Dans l'Hexagone, les taxes représentent 60 à 65 % du prix à la pompe, via la TICPE (fixe, insensible au cours du pétrole) et la TVA. Dans les DROM, la TICPE ne s'applique pas du tout. Elle est remplacée par la taxe spéciale de consommation (TSC), dont le taux n'est pas fixé par l'État mais par nos collectivités locales — la CTM en Martinique, les Conseils régionaux en Guadeloupe et à La Réunion, l'Assemblée de Guyane. Cette TSC est historiquement inférieure à la fiscalité métropolitaine (de 15 % à 48 % de moins sur le gazole selon les territoires), à l'exception notable de la Guyane, où les taux rejoignent ceux de l'Hexagone.
Autre différence de taille : le produit de la TSC finance les routes et les collectivités locales via le Fonds d'investissement routier, et non le budget de l'État central. Concrètement, la décision de Bercy du 9 septembre — qui porte sur la fiscalité nationale — ne nous concerne donc pas directement en Martinique, en Guadeloupe ou à La Réunion : le vrai levier chez nous, c'est le taux de TSC voté localement, et le mécanisme de prix administrés et plafonnés mensuellement par la préfecture, pas la TICPE parisienne !!!
| Critère | Hexagone | DROM |
| Taxe applicable | TICPE (État) | TSC (collectivité locale) |
| Part taxes dans le prix | Environ 60 à 65 % | Nettement moindre (hors Guyane) |
| Qui fixe le taux ? | L'État (Loi de finances) | CTM / Conseils régionaux |
| Fixation des prix | Prix libres, marché ouvert | Prix administrés, plafond mensuel préfectoral |
| Bénéficiaire des recettes | État, collectivités, AFITF | Collectivités locales (routes) |
Résumé pour nos lecteurs ultramarins : la bataille fiscale qui fait la Une à Paris se joue sur un impôt qui ne s'applique tout simplement pas chez nous. Le sujet qui compte vraiment en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, ce sont les taux de TSC votés par nos élus locaux, et la grille tarifaire mensuelle de la SARA que la préfecture valide. GTMAG.fr continuera de décortiquer ces mécanismes qui, in fine, pèsent directement sur votre budget carburant !!!
Avis signé Jean-Marc Wollscheid, Rédacteur en Chef — GTMAG.fr
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