TRUMP et ses 25% des droits de douane sur les voitures Européennes... Conséquences ?

L'Île & Le Monde par Jean-Marc WOLLSCHEID Durée de lecture 5 minutes 30

LE REGARD ANTILLAIS SUR LES AFFAIRES DU MONDE

Fort-de-France · Samedi 2 mai 2026

ÉCONOMIE · COMMERCE MONDIAL

GUERRE COMMERCIALE ÉTATS-UNIS / EUROPE

Trump et ses 25 % sur les voitures : et chez nous, on paie combien ?

Le président américain vient d'annoncer une hausse des droits de douane à 25 % sur tous les véhicules européens. L'Europe tremble, les constructeurs s'affolent. Mais personne ne parle des Antilles. Pourtant, ici, l'addition risque d'être encore plus lourde.

Par  Jean-Marc Wollscheid  |  Journaliste · Analyse & Décryptage · Martinique

Vendredi 1er mai 2026. Pendant que les salariés défilaient dans les rues de Fort-de-France pour défendre leur pouvoir d'achat, Donald Trump, depuis Washington, publiait un message sur TruthSocial qui mérite qu'on s'y attarde. Avec la désinvolture habituelle du personnage, il annonçait relever à 25 % les droits de douane sur les véhicules importés d'Europe. Dès la semaine prochaine. Comme on reporte un rendez-vous.

Ceux qui avaient cru que l'accord signé l'été dernier — qui avait ramené ces taxes à 15 % après des mois de bras de fer — allait tenir… peuvent ranger leurs illusions. Trump reproche à l'Union européenne de ne pas respecter ses engagements commerciaux. Il mêle à cela des rancœurs militaires : plusieurs pays du vieux continent auraient refusé de participer aux opérations américaines dans le détroit d'Ormuz. Et son coup de gueule contre le chancelier allemand Friedrich Merz, qui avait osé dire que « les Américains n'avaient visiblement aucune stratégie en Iran », a manifestement fait déborder le vase.

Le sous-entendu est limpide. Soit vous délocalisez vos usines en Amérique, soit vous payez. C'est du protectionnisme à l'état pur, habillé en nationalisme économique. Et ce sont les consommateurs, partout dans le monde — y compris ici, en Martinique — qui vont en payer le prix.

?  LES CHIFFRES CLÉS DE LA CRISE

25 %

Nouveau tarif douanier américain sur les voitures européennes

15 %

Taux de l'accord UE-États-Unis signé en juillet 2025

450 000

Véhicules allemands exportés vers les États-Unis par an

14 600

Véhicules neufs immatriculés en Martinique en 2024

■  L'Europe dans tous ses états

Il faut mesurer l'ampleur du séisme. L'Allemagne, première économie européenne, exporte à elle seule environ 450 000 véhicules par an vers les États-Unis. Volkswagen, BMW, Mercedes, Audi — toutes ces marques qui garnissent nos concessions de Schœlcher à Rivière-Salée — sont dans le viseur direct de Washington. La France n'est pas épargnée. Renault et Stellantis (Peugeot, Citroën, DS) voient leurs ambitions américaines réduites à néant si ces tarifs se confirment.

L'accord commercial laborieusement négocié l'été dernier, qui avait permis d'économiser entre 500 et 600 millions d'euros par mois aux constructeurs européens selon les chiffres de la Commission, est balayé d'un tweet. La délégation de l'UE à Washington a fait savoir que le bloc européen « met en œuvre ses engagements conformément aux pratiques législatives habituelles ». Autrement dit : on respecte notre parole. Ce que Trump conteste.

Résultat prévisible : une guerre commerciale qui risque de plonger tout le monde dans l'incertitude. Les chaînes d'approvisionnement, déjà fragilisées, vont devoir se réorganiser. Des constructeurs comme Hyundai, qui avaient déjà revu leur stratégie de production face aux premières salves tarifaires de 2025, ont montré que ces décisions prennent du temps et coûtent très cher. Et pendant ce temps, les prix montent.

■  Et ici, en Martinique ? Ce que personne ne dit

La grande presse hexagonale analyse la chose à travers le prisme franco-allemand. Normal. Mais personne, ou presque, ne se demande ce que cela signifie pour les Antilles françaises. Alors prenons le temps d'y réfléchir.

La Martinique est une île. Elle ne fabrique pas de voitures. Elle les importe toutes — ou presque —, principalement d'Europe. Peugeot, Renault, Volkswagen, Citroën dominent notre marché. En 2024, plus de 14 600 véhicules neufs ont été immatriculés ici. Le marché a certes reculé de 10,7 % cette année-là — la première baisse aussi marquée depuis la crise de 2009 — mais la demande reste structurellement forte. Et pour cause : 81 % des Martiniquais utilisent leur voiture pour aller travailler. Pas de métro, peu de bus, des routes sinueuses qui découragent le vélo. La voiture, c'est vital.

?  LA MARTINIQUE FACE AUX TURBULENCES MONDIALES

La Martinique importe la quasi-totalité de ses véhicules d'Europe, principalement de France. Peugeot, Renault, Volkswagen, Citroën — ces marques trustent les premières places des ventes locales. La Renault Clio est la reine incontestée du marché, avec 1 287 immatriculations en 2024. La 208 Peugeot suit.

Problème : la Martinique est un département d'outre-mer, et à ce titre elle est considérée — fiscalement — comme un territoire d'exportation par rapport à la France métropolitaine et à l'Union européenne. Chaque voiture importée supporte déjà une série de taxes locales : TVA réduite à 8,5 %, octroi de mer calculé selon la cylindrée, et octroi de mer régional fixé à 2,5 % de la valeur du bien.

Les droits de douane américains ne s'appliquent pas directement ici — nos voitures viennent d'Europe, pas des États-Unis. Mais le mécanisme de contamination par les prix est inéluctable : si les constructeurs européens perdent des marges sur le marché américain, ils les chercheront ailleurs. Et les marchés périphériques, comme les nôtres, sont traditionnellement les premiers à absorber les hausses.

À cela s'ajoute un risque de réorientation de l'offre. Si l'Europe décide de riposter, la fluidité des échanges transatlantiques va se gripper. Les délais de livraison des véhicules pourraient s'allonger encore. Et les concessionnaires martiniquais, qui travaillent sur des marges serrées dans un marché déjà sous tension, n'ont pas les reins solides pour absorber de nouvelles perturbations.

■  Le spectre du renchérissement : scénario catastrophe ou réalité inévitable ?

Soyons précis, parce que l'amalgame ferait plus de mal que de bien. Les droits de douane américains frappent les exportations européennes vers les États-Unis, pas nos importations depuis l'Europe. Directement, donc, la Martinique n'est pas touchée. Nos Renault et nos Peugeot traversent l'Atlantique dans l'autre sens — depuis le Havre ou Montoir-de-Bretagne vers Fort-de-France — sans passer par les douanes américaines.

Mais les marchés mondiaux fonctionnent en vases communicants. Quand Volkswagen perd des parts de marché aux États-Unis à cause d'une taxe de 25 %, l'entreprise doit compenser. Comment ? En augmentant ses prix ailleurs, en réduisant ses investissements, en rationnant ses modèles d'entrée de gamme. Et ce sont précisément ces modèles accessibles — la petite citadine à 18 000 euros — qui font vivre le marché martiniquais. Notre pouvoir d'achat est contraint. La vie chère est endémique. Un renchérissement même modeste de 5 à 8 % sur les véhicules neufs aurait des effets concrets sur des milliers de familles.

“La principale raison du recul du marché électrique local, c'est le prix élevé des modèles européens. Et les constructeurs chinois en profitent.”

Bilan du marché automobile Martinique, 2024


Il y a aussi un effet de substitution qui mérite attention. Le marché martiniquais a déjà vu surgir les constructeurs chinois — MG, BYD, Leap Motor — qui pratiquent des prix cassés. La MG4 est devenue le véhicule électrique le plus vendu de l'île. Si les marques européennes se retrouvent encore plus onéreuses à cause d'une chaîne de répercussions tarifaires mondiales, le virage vers les voitures chinoises va s'accélérer. Ce n'est pas forcément un drame pour le consommateur individuel. Mais c'est une transformation structurelle profonde du marché, avec des conséquences sur les emplois des concessionnaires et garages qui travaillent avec les pièces détachées européennes.

■  Et si l'Europe ripostait ? Le danger des contre-mesures

Washington n'ignore pas que Bruxelles sait rendre les coups. L'Union européenne a déjà dans ses cartons toute une batterie de contre-mesures : droits de douane sur les produits américains, restrictions sur certaines importations, mesures ciblant les géants du numérique. Si la guerre commerciale s'emballe, c'est toute la fluidité du commerce mondial qui se grippe.

Pour un territoire insulaire comme le nôtre, qui dépend à 95 % de ses importations pour sa consommation quotidienne, tout ralentissement des chaînes logistiques mondiales est potentiellement dévastateur. On l'a appris durement pendant la crise du Covid, et lors de la crise des semi-conducteurs qui a vidé les parkings des concessionnaires pendant des mois : notre île souffre doublement de tout dérèglement des flux mondiaux.

La Martinique, en tant que région ultrapériphérique de l'Union européenne, bénéficie en théorie de la protection du droit communautaire et de ses mécanismes de solidarité. Mais dans la pratique, personne à Bruxelles ne pense d'abord à Fort-de-France quand il s'agit de négocier avec Washington. On est le détail dans la marge d'une équation qui se joue à des milliers de kilomètres de nous.

■  Ce qu'il faut retenir — et ce qu'il faut exiger

La leçon de cette nouvelle crise tarifaire, c'est d'abord que notre territoire est structurellement vulnérable. Trop dépendant, trop peu diversifié, trop exposé aux caprices des grandes puissances. Le développement d'une filière locale de mobilité durable — vélo électrique, transport collectif efficace, co-voiturage institutionnalisé — n'est plus une lubie d'écologiste. C'est une nécessité économique et stratégique.

C'est aussi l'occasion de rappeler à nos élus, qu'ils soient au Conseil Exécutif de la CTM ou à l'Assemblée nationale, que les enjeux commerciaux mondiaux nous impactent directement et que nos spécificités ultramarines doivent être défendues avec la même vigueur que celles des régions continentales. Quand Paris négocie à Bruxelles, quand Bruxelles négocie à Washington — la Martinique doit avoir une voix dans cette conversation, pas seulement une addition à payer.

Donald Trump, lui, s'en fiche. Il n'a probablement jamais entendu parler de la Renault Clio ni de l'octroi de mer. Mais ses décisions, prises à 7 000 kilomètres d'ici, vont atterrir sur le bureau des concessionnaires de l'île et dans le budget des ménages martiniquais. C'est ça, la mondialisation. Et c'est pour ça qu'on ne peut pas se permettre de rester spectateurs.

Note de rédaction : Les droits de douane américains à 25 % sur les véhicules européens ont été annoncés le 1er mai 2026 sur TruthSocial par Donald Trump. Ils font suite à un accord UE-États-Unis conclu en juillet 2025 qui avait fixé un plafond de 15 % après une première série de droits de douane de 25 % instaurée dès mars 2025. L'impact direct sur les marchés ultramarins français est indirect mais réel à travers les mécanismes de formation des prix à l'échelle mondiale.

L'Île & Le Monde  ·  Analyse indépendante  by Jean-Marc WOLLSCHEID, Fort-de-France, Martinique  · mise a jour le 4 mai 2026

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