Routes lumineuses : la Martinique verra-t-elle un jour ses bandes briller dans le noir ?

INNOVATION & SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Routes lumineuses : la Martinique verra-t-elle un jour ses bandes briller dans le noir ?

Sur les Coulées, entre Balata et le Morne-Rouge, ou sur la départementale qui serpente vers Grand'Rivière, il suffit d'une panne d'éclairage ou d'un feu de croisement mal réglé pour transformer un virage en piège. En Métropole, une peinture routière capable d'emmagasiner la lumière du jour pour la restituer toute la nuit sort peu à peu des laboratoires. Une technologie qui pourrait, un jour, changer la donne sur nos routes martiniquaises !!!

UNE PEINTURE QUI SE RECHARGE AU SOLEIL

Le principe n'a rien de futuriste dans son fonctionnement : il s'agit de photoluminescence, un phénomène physique par lequel des pigments — le plus souvent des micro-cristaux d'aluminate de strontium — absorbent l'énergie lumineuse ambiante dans la journée pour la restituer progressivement une fois la nuit tombée, sous la forme d'une lueur verte. Le marquage le plus avancé sur ce créneau, développé par la start-up bordelaise OliKrom sous la marque LuminoKrom, revendique une visibilité perceptible jusqu'à 80 mètres et une émission qui tient plus de dix heures dans l'obscurité totale, sans électricité ni entretien particulier.

Il ne faut pas confondre cette technologie avec les peintures simplement fluorescentes, qui ne brillent que sous une source ultraviolette et s'éteignent dès qu'elle disparaît, ni avec les enrobés classiques à microbilles rétroréfléchissantes, qui ne renvoient la lumière que face aux phares d'un véhicule. La peinture photoluminescente, elle, reste visible même en l'absence totale de circulation, un atout de taille pour les piétons, les cyclistes et les deux-roues.

À retenir : le marquage se pose en deux couches — une sous-couche blanche puis la couche photoluminescente — avec un matériel classique de marquage routier (machine airless). Sa durée de vie annoncée dépasse trois ans, avec un vieillissement suivi mensuellement sur les premiers chantiers réalisés depuis 2018.

OÙ EN EST-ON RÉELLEMENT EN FRANCE ?

Le déploiement reste aujourd'hui concentré sur les mobilités douces : pistes cyclables et voies vertes d'Annecy, Pessac, Leucate ou Haguenau, où plus de soixante collectivités ont déjà fait ce choix depuis le premier chantier historique de 2018. Sur route ouverte à la circulation générale, la technologie en est encore au stade de l'expérimentation encadrée par le Cerema : une section de la RD29 dans les Landes, jalonnée de virages accidentogènes, fait l'objet d'un essai grandeur nature sur trois ans, tout comme la RD771 en Loire-Atlantique depuis 2023. La certification officielle pour un usage routier généralisé (norme NF058, homologation Ascquer) n'est pas encore délivrée : c'est elle qui déterminera si ce marquage peut, demain, remplacer ou compléter la peinture blanche classique sur nos axes.

L'argument qui a convaincu les premières collectivités est avant tout budgétaire et énergétique : face au coût d'installation d'un éclairage public classique — tranchées, mâts, raccordement électrique — un kilomètre de marquage photoluminescent s'installe à partir de 3 200 à 3 500 euros HT, sans consommation électrique ni émission de CO2. Un argument qui pèse lourd à l'heure où de nombreuses communes de Métropole réduisent ou éteignent l'éclairage public en seconde partie de nuit.

ET SI LA MARTINIQUE TENTAIT L'EXPÉRIENCE ?

L'angle DROM mérite qu'on s'y attarde !!! Nos routes de mornes cumulent justement les deux conditions qui rendent cette technologie pertinente ailleurs : un ensoleillement puissant et quasi constant toute l'année, idéal pour « charger » le pigment en journée, et de nombreux tronçons interurbains sans éclairage public — des Trois-Îlets au Prêcheur, en passant par les hauteurs de Fond-Saint-Denis ou du Morne-Vert — où l'installation de mâts électriques représenterait un investissement lourd pour les communes.

Reste à vérifier ce que le climat tropical ferait à cette peinture : tenue face à l'humidité constante, aux pluies d'averses violentes, aux embruns salins et à l'exposition UV intense — un point que seuls des essais en conditions réelles pourraient trancher, la documentation disponible aujourd'hui portant sur des climats tempérés. À notre connaissance, aucun test n'a encore été mené dans un DROM ni ailleurs dans la Caraïbe.

Le sujet rejoint une question que GTMAG.fr suit de près : celle de l'éclairage public et de la sécurité nocturne sur nos axes martiniquais, entre pannes récurrentes, zones non couvertes et responsabilité des gestionnaires de voirie. Un marquage autonome, qui ne dépend d'aucun réseau électrique ni d'aucune maintenance de luminaire, coche sur le papier plusieurs cases qui parlent directement à nos réalités locales.

CE QU'IL FAUDRAIT POUR PASSER DU PARI À LA RÉALITÉ

Une expérimentation locale pilotée avec la DEAL Martinique ou une collectivité volontaire, sur un tronçon accidentogène identifié.

Une évaluation climatique spécifique : résistance à l'humidité tropicale, aux pluies cycloniques et à la salinité de l'air en bord de mer.

Un volet budgétaire comparant le coût du marquage lumineux à celui, souvent élevé en zone de mornes, du déploiement d'un éclairage public classique.

Une homologation nationale pour un usage sur chaussée circulée, aujourd'hui toujours en cours de validation par le Cerema en Métropole.

Rien n'indique, à ce stade, qu'un projet soit à l'étude en Martinique ou dans les autres DROM. Mais la logique économique et climatique plaide en faveur d'un examen sérieux de la question par nos collectivités : entre budgets contraints et nécessité de sécuriser les axes non éclairés, la peinture qui brille dans le noir pourrait bien devenir, demain, un sujet d'actualité locale !!!

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