2035 ! Où en est vraiment l'Europe en septembre 2026 ?!!

RÉGLEMENTATION & MARCHÉ AUTO — ANALYSE GTMAG

2035 et la fin annoncée du thermique : où en est vraiment l'Europe en septembre 2026 ?!!

Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Îles du Nord : on vous doit la vérité sur ce dossier européen que tout le monde résume mal. Non, l'essence et le diesel ne sont pas interdits en 2035. Pas encore, et peut-être jamais totalement. On fait le point, sans raccourci.

Publié le 11 septembre 2026 • Lecture 3.5 min • GTMAG.fr

Vous l'avez sans doute lu ou entendu cent fois depuis 2023 : « en 2035, plus aucune voiture thermique neuve ne pourra être vendue en Europe ». C'était vrai sur le papier. Ça l'est de moins en moins dans les faits. Depuis décembre 2025, Bruxelles a ouvert un chantier de révision qui change une bonne partie de la donne, et ce chantier n'est toujours pas refermé au moment où on vous écrit ces lignes. Résultat : pour vous, futurs acheteurs ou revendeurs dans les DROM, la question n'est plus « thermique interdit ou pas », mais « interdit à quelles conditions, et pour qui »!!!

CE QUI RESTE LA LOI AUJOURD'HUI

Remettons les pendules à l'heure. Le texte actuellement en vigueur date d'avril 2023 : le règlement européen 2023/851 impose aux constructeurs une réduction de 100 % des émissions moyennes de CO2 de leur flotte de voitures et utilitaires légers neufs à partir de 2035, par rapport à 2021. Dans les faits, cela revenait à fermer la porte à la vente de véhicules neufs essence ou diesel classiques à cette date. Ce texte prévoyait déjà une clause de revoyure obligatoire en 2026, pour permettre à la Commission de vérifier si l'objectif restait tenable au vu des évolutions technologiques et du marché.

Cette clause de revoyure, la Commission ne l'a pas attendue jusqu'en 2026. Sous la pression conjointe de plusieurs gouvernements (Allemagne, Italie, mais aussi République tchèque, Slovaquie, Roumanie ou Bulgarie) et de toute la filière automobile, elle a avancé son calendrier et présenté sa proposition de révision dès le 16 décembre 2025.

CE QUE PROPOSE VRAIMENT BRUXELLES DEPUIS DÉCEMBRE 2025

La proposition de la Commission ne supprime pas l'objectif « zéro émission » de 2035, mais elle en change profondément la mécanique. Voici ce qui est sur la table :

Un objectif ramené à 90 % de réduction au lieu de 100 %, calculé par rapport à 2021, pour les voitures particulières comme pour les utilitaires légers.

Les 10 % restants pourraient être compensés par le recours à de l'acier bas carbone « fabriqué en Europe » dans la construction des véhicules, ainsi que par l'usage de carburants de synthèse (e-fuels) et de biocarburants durables, dans une limite de 3 % des réductions exigées.

Un lissage du calage 2030 sur trois ans (2030-2032) plutôt qu'un objectif ferme dès 2030, avec des « super-crédits » pour les petites voitures électriques produites en Europe.

Un objectif allégé pour les utilitaires légers : 40 % de réduction visée pour 2030 au lieu de 50 %.

Concrètement, si ce texte passe tel quel, cela ouvrirait la porte, après 2035, à l'immatriculation de véhicules équipés de moteurs thermiques fonctionnant aux carburants de synthèse ou utilisant des solutions hybrides à forte autonomie électrique, à condition que le constructeur démontre que sa flotte respecte globalement l'objectif de 90 %. On serait donc loin d'un retour en arrière généralisé, mais on serait tout aussi loin d'un « tout thermique interdit sans exception » !!!

À RETENIR : Cette proposition n'est, à ce jour, qu'une proposition. Elle doit encore être négociée et votée par le Parlement européen et le Conseil (les 27 États membres) avant de devenir la loi. Tant que ce processus n'est pas achevé, c'est bien le règlement de 2023 — et son objectif de 100 % — qui reste juridiquement en vigueur.

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UN BRAS DE FER QUI NE DIT PAS SON DERNIER MOT

Depuis le premier semestre 2026, le Parlement européen et le Conseil examinent ce texte, et les lignes de fracture entre États membres restent nettes. L'Espagne, qui a massivement investi dans sa filière batterie, s'oppose fermement à tout affaiblissement de l'objectif. L'Allemagne et l'Italie, sous la pression de leurs constructeurs (Volkswagen, Stellantis, Mercedes-Benz, BMW), poussent au contraire pour davantage de souplesse, certains lobbies réclamant même l'ouverture des crédits carburants bas carbone avant 2035. La France, elle, campe sur une position intermédiaire : neutralité technologique, mais préférence pour une filière électrique européenne face à la concurrence chinoise.

Autre élément à surveiller : au Parlement européen, un texte climatique connexe a vu sa procédure de rapporteur reprise par un groupe politique très critique des ambitions climatiques actuelles, ce qui donne une idée du climat politique dans lequel se négocie cette révision. Pour les analystes spécialisés dans le transport et l'environnement, l'affaiblissement de l'objectif de 100 % à 90 % risque, à lui seul, de faire reculer la part des véhicules 100 % électriques dans le marché neuf de plusieurs points d'ici 2035, sans empêcher pour autant l'électrification de rester la trajectoire dominante.

ET POUR VOUS, DANS LES DROM, QU'EST-CE QUE ÇA CHANGE ?

On vous le disait déjà dans notre dossier sur le pilote VEEF et le carburant Nexa 95 : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion et les Îles du Nord ne vivront pas cette transition au même rythme que la métropole, entre coût de l'électricité, réseau de recharge encore inégal et poids de l'octroi de mer sur le prix des véhicules électrifiés. Cette révision européenne, si elle aboutit, aura plusieurs conséquences très concrètes pour vous :

La valeur de revente de votre thermique actuel ne va pas s'effondrer brutalement à l'approche de 2035, puisque la loi n'interdira plus une disparition totale du thermique à cette date.

L'offre de véhicules hybrides rechargeables (PHEV) à forte autonomie électrique devrait rester une option pérenne sur le marché européen, et donc potentiellement sur les catalogues de vos concessionnaires locaux, bien après 2035.

Le calendrier reste incertain : la clause de revoyure court jusqu'en 2027, ce qui veut dire que d'autres ajustements sont encore possibles avant que le texte définitif ne soit gravé dans le marbre.

La trajectoire de fond ne change pas : que le seuil final soit fixé à 90 % ou 100 %, l'électrification reste l'axe structurant du marché automobile européen, et donc celui qui déterminera l'offre disponible chez vos distributeurs dans les années à venir.

Notre conseil de lecteur à lecteur, comme on vous l'a déjà dit dans nos précédents dossiers BEV vs PHEV : ne prenez pas de décision d'achat dans l'urgence sur la base du seul argument « 2035 interdit le thermique ». C'est devenu, à ce stade, une simplification qui ne correspond plus à la réalité du texte en négociation. La vraie question à se poser reste celle de votre usage réel, de votre accès à la recharge et du coût total de possession sur votre territoire, pas celle d'un couperet réglementaire qui, aujourd'hui encore, n'est pas figé.

GTMAG continuera de suivre ce dossier de très près, notamment les prochaines étapes de trilogue entre Parlement et Conseil attendues d'ici la fin de l'année. On vous tiendra informés dès qu'un texte définitif sera sur la table, avec toujours la même boussole : vous donner l'information vérifiée, pas le raccourci qui fait peur !!!

Jean-Marc Wollscheid

Rédacteur en Chef — GTMAG.fr

Réglementation UE · 2035 · Marché Auto DROM · Analyse

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